Il est des histoires que l’on doit dire deux fois pour qu’elles soient crues. Celle que nous nous apprêtons à vous raconter en est une : le jour où nous avons fabriqué l’épée de la nouvelle académicienne française Barbara Cassin.

L’aventure débuta il y a quelques mois, lorsqu’ Alexandre Frih et Thibaut Lemaire, tous deux déjà embarqués sont venus nous trouver avec cette demande détonante : “ça vous tente de faire une épée d’académicienne ?” Si, de prime abord, nous avons eu du mal à figurer notre rôle, nous qui ne sommes ni forgerons, ni sertisseurs, il nous a suffit d’entendre le brief pour que le ciel s’éclaircisse : Barbara souhaite une épée high-tech, d’inspiration sabre laser pour impressionner ses petits-enfants, non létale qui soit un pont entre le passé et le futur… “Ouah ! Bien sûr que nous en sommes, plutôt deux fois qu’une”.

Ainsi débuta l’aventure, dont nous ne savions qu’elle nous mènerait jusqu’au Louvre, salle des cariatides pour la cérémonie de remise de l’épée, puis jusqu’à l’Académie française elle-même, sous la fabuleuse coupole. C’est en apercevant mardi soir au Louvre les visages illuminés devant l’épée, les regards curieux des anciens et envieux des enfants, la foule massée réclamant sa photo, que nous avons compris qu’il se passait quelque chose avec cet objet, qui transcendait la simple tradition en portant un message d’évolution cher à Barbara Cassin (ndlr : une langue n’est pas statique, elle évolue, c’est un flux.).

C’est en effet peu dire que cette épée tranche net (pardonnez-nous le jeu de mots.) avec celles de ses camarades académiciens. Constituée d’une lame en cuir, percée en divers endroits pour laisser passer la lumière d’une fibre optique grattée éclairant la devise de Barbara Cassin “plus d’une langue” empruntée à Jacques Derrida, elle laisse voir une garde bleu Klein contenant l’électronique, surmontée d’une statuette hittie dont la reproduction a été réalisée par le talentueux Eloi Gattet. Cette épée est à l’image de sa future détentrice : singulière et brillante (et un peu Rock’n roll tout de même).

Ce projet fut pour nous une véritable épopée novatrice : nous abandonnions pour un temps, la petite et la grande série pour ne travailler que sur un produit unique d’une valeur inestimable. Mais de surcroît,  nous découvrions un monde qui nous était en partie étranger. Entre performances techniques et rencontres enrichissantes, c’est désormais grandi que nous nous apprêtons à rejoindre l’Académie française pour assister à la cérémonie d’intronisation de Barbara Cassin.

Ce texte ne saurait pas être complet sans des remerciements opportuns : tout d’abord à Barbara Cassin qui a su réunir autour d’elle toutes ces personnes talentueuses, enthousiastes et bienveillantes, à commencer par Sophie de Closets. Puis à Alexandre Frih et Thibaut Lemaire pour leur énergie, et pour nous avoir embarqués dans l’aventure. À Pierre Giner pour son énergie créatrice et sa sympathie communicative. À Anne Diatkine pour son article dans Libération, et surtout à Florian Cellière, ingénieur Kickmaker qui a réussi avec brio cet exercice, outrepassant les difficultés et ne comptant pas ses heures dans une totale dévotion.

À eux, merci pour cette aventure de vie unique.

“ce qu’on ne peut pas dire, il ne faut surtout pas le taire, mais l’écrire” Jacques Derrida

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